Le Vernis Environnementaliste - Solidarité Ristigouche

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La Presse – Édition du 16 septembre 2017

Boucar Diouf – Humoriste, conteur, biologiste et animateur, collaboration spéciale

Parlant de l’île d’Anticosti, le premier ministre Couillard, qui a un attachement indéniable pour les lieux, disait ceci: « Le délabrement de ce milieu unique ne portera pas ma signature… » Le problème, c’est que des milieux uniques comme Anticosti, on en trouve dans bien des endroits de la province et il faudrait peut-être aussi se soucier de leur protection avec autant d’émotion.

Récemment, on apprenait que 5,5 millions de dollars parmi l’argent reçu par la pétrolière Junex pour décamper d’Anticosti serviraient à augmenter ses activités sur le site Galt, non loin de la ville de Gaspé. Est-ce qu’il y aura de la fracturation hydraulique à moyen ou long terme ? L’histoire ne le dit pas, mais il est permis de se poser ces questions: « Pourquoi est-il plus noble de protéger Anticosti de l’exploration pétrolière que la péninsule gaspésienne ? Pourquoi minimiser les inquiétudes des Gaspésiens pour leurs sources d’eau potable ? »

La Gaspésie est aussi un lieu unique, M. Couillard, et ce dont elle a le plus besoin, c’est d’initiatives novatrices, d’infrastructures et de projets structurants pour en faire un lieu de tourisme et d’écotourisme incontournable en Amérique du Nord, à longueur d’année.

Le climat mondial se réchauffe et les étés y sont moins courts et plus chauds. Il y a ici la montagne, la mer, la forêt, de magnifiques rivières et bien d’autres attractions pour combler les amateurs d’exotisme, de nature et même de dépaysement.

La Gaspésie est une région des plus exceptionnelles, qui espère encore le politicien visionnaire qui verra en elle la perle qui n’attend que d’être révélée plus largement à la planète, pour le bien du Québec au complet.

Quand la pétrolière Gastem essaye de mettre la municipalité gaspésienne de Ristigouche-Partie-Sud-Est en faillite, le gouvernement reste silencieux. Pour le ministre Heurtel, le Règlement sur le prélèvement des eaux et leur protection (RPEP), qui fixe la distance de forage à 500 mètres des sources d’eau potable, repose sur des « assises scientifiques solides ». Rappelons ici que c’est sensiblement la même chose qu’il disait pour justifier les autorisations de forages exploratoires à TransCanada dans le sanctuaire du béluga, avant d’être sévèrement réprimandé par la juge Claudine Roy, qui avait ordonné l’arrêt des travaux.

Le même ministre Heurtel qui, réagissant aux conclusions d’une commission d’enquête administrative qui montrait du doigt des irrégularités dans le même dossier, fera son mea culpa en juin 2015. Il avouera que Québec aurait dû avoir de meilleures informations scientifiques avant de permettre les forages exploratoires.

Est-il logique de penser qu’on peut vivre dans un pays où les pétrolières peuvent empêcher les citoyens de décider comment ils veulent protéger leur eau potable, qui est la chose la plus importante dans leur vie ? À la manière de son slogan sur la neutralité religieuse de l’État, j’aurais aimé entendre le premier ministre marteler : « Ce n’est pas non plus le rôle de l’industrie de dire aux municipalités comment protéger leur eau potable ! »

On s’insurge contre l’intimidation dans nos écoles, mais devant ce qui ressemble au harcèlement d’une municipalité par une pétrolière, on reste silencieux.

Pourquoi le gouvernement n’a-t-il pas pensé rembourser à Gastem la somme de 1,5 million qu’il avait investi au lieu de la regarder tordre le bras à cette petite municipalité sans moyens ? Pourquoi peut-on payer Junex pour qu’elle quitte Anticosti, mais ne peut-on pas faire la même chose pour soulager les gens de Ristigouche, alors qu’une certaine responsabilité étatique s’applique ici aussi ?

Après tout, c’est le gouvernement qui a permis légalement à l’industrie de travailler à 500 mètres des sources d’eau potable. Une décision unilatérale que conteste une partie de Ristigouche, qui souhaite envoyer, à juste raison, les foreuses un peu plus loin. L’huile et l’eau ne se sont jamais bien mélangées même quand on veut brasser des affaires. En 2015, une faible quantité d’hydrocarbures dans l’eau de Longueuil, où j’habite, a suffi à créer une gigantesque crise dont aucune municipalité ne veut faire l’expérience.

C’est le même gouvernement qui vient de rejeter l’idée d’un comité indépendant pour choisir les membres du BAPE. Quand les libéraux se réservent le droit d’avoir le contrôle sur le comité de sélection des membres du BAPE, on assiste à un exercice totalement antidémocratique qui laisse présager des arnaques environnementales sur fond d’audiences publiques bidon et bien pipées. Le BAPE doit rester un organisme totalement neutre si on ne veut pas en faire un outil au service des chambres de commerce, du Conseil du patronat et des autres groupes d’intérêts qui gravitent autour du pouvoir.

Lorsque M. Harper, qui était ouvertement allergique à la protection de l’environnement, avait décidé d’avoir un certain contrôle sur l’Office national de l’énergie, il avançait à visage découvert main dans la main avec les pétrolières.

Le problème du gouvernement de M. Couillard, c’est qu’il a des méthodes harpériennes sous un mince vernis environnementaliste.

Si vous grattez un peu, vous verrez suinter un parfum d’hypocrisie, enseveli sous un verbiage étoffé où l’on se fait aller les babines allègrement pendant que les bottines attendent patiemment.

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